Fès : Les cafés se transforment en agoras politiques à l’approche des législatives

Fès : Les cafés se transforment en agoras politiques à l’approche des législatives

Durant la campagne électorale actuelle, les cafés de Fès ont retrouvé leur rôle traditionnel de lieux de discussion et d’échange d’opinions. Dans ces espaces populaires, où l’on ne trouve ni tribunes, ni slogans soigneusement préparés, ni promesses électorales grandiloquentes, les citoyens débattent des questions politiques autour d’un café ou d’un thé, sous un angle réaliste et axé sur le quotidien.

Les discussions y sont souvent spontanées, parfois passionnées, et restent toujours ancrées dans la vie de tous les jours. L’accent est mis sur des préoccupations concrètes comme le pouvoir d’achat, l’emploi, les services publics et l’avenir de la ville, loin des discours officiels et rodés qui caractérisent les rassemblements électoraux classiques.

Au cours de ces échanges, les programmes électoraux et les promesses des candidats sont passés au crible et mis à l’épreuve. Le smartphone sert souvent de catalyseur : une vidéo de candidat, une photo ou une déclaration déclenche le débat, ramenant rapidement le dialogue au cœur du sujet : la capacité réelle des candidats à répondre aux attentes de la population. Le café agit ainsi comme un laboratoire informel de l’opinion publique, où se côtoient préférences, doutes et incertitudes, et où le niveau de confiance est mesuré à l’aune de l’expérience vécue.

Dans un café du quartier populaire de Mont Fleuri, Mohamed Karroum commente le contenu relayé sur les réseaux sociaux. Malgré son expérience associative, il reste vigilant face à l’influence des algorithmes. Dans une déclaration à la MAP, il exprime une vision politique claire : il appelle les candidats à rompre avec les promesses creuses, à faire preuve de sincérité et de responsabilité, et surtout, à traduire leurs engagements en réalisations concrètes après le scrutin.

Pour lui, la proximité avec les citoyens doit être le pilier de l’action politique. Cela passe par une présence sur le terrain, une écoute active et une disponibilité constante, même après la période électorale. Ses attentes portent particulièrement sur la mise en œuvre effective du Nouveau Modèle de Développement, ainsi que sur la réforme de la santé, de la justice, de l’éducation et des politiques sociales. Il insiste également sur la nécessité de soutenir les catégories fragiles et de répondre aux aspirations des jeunes, tant en termes d’emploi que de projets de développement.

M. Karroum encourage par ailleurs les partis politiques à s’ouvrir davantage à la jeunesse pour permettre l’émergence d’une nouvelle génération de responsables. À ses yeux, la participation électorale demeure un acte de responsabilité nationale.

Ces préoccupations trouvent un écho chez Abdelouafi Tounsi, rencontré dans un autre café, qui met l’accent sur la compétence. Il estime que l’enjeu principal du scrutin réside dans la capacité des électeurs à porter au pouvoir des profils aptes à gérer efficacement les affaires publiques aux niveaux local, régional et national. Il appelle à un renouvellement des élites, en favorisant les jeunes et les compétences capables de stimuler l’investissement et de créer des emplois.

Selon lui, ces impératifs doivent également inclure le développement des zones rurales. Il préconise le renforcement des infrastructures, la mise à niveau de l’éducation, de la santé, du logement et de l’investissement agricole dans ces régions pour freiner l’exode rural. Plus largement, il réclame une réelle politique de proximité, portée par des élus conscients des problèmes des citoyens, capables de garantir leur dignité et leurs droits fondamentaux tout en valorisant le capital humain.

Au centre-ville, Ali Sefira, musicien, partage ces mêmes aspirations. Il espère que les prochaines élections permettront d’améliorer concrètement les conditions de vie, de rendre la ville plus propre et plus sûre, avec davantage d’espaces verts, de lieux de loisirs et des services de santé répondant aux besoins de la population. Il souligne également la nécessité d’équiper le monde rural en infrastructures de base — écoles, terrains de sport, bibliothèques — pour rapprocher les services des habitants et limiter la migration vers les centres urbains.

Il réaffirme l’importance cruciale de la jeunesse, véritable réservoir d’espoir et de potentiel. Il invite les responsables publics à accorder aux jeunes plus d’espaces et de responsabilités, convaincu que ces énergies constituent un levier fondamental pour l’avenir du pays.

À mesure que la campagne avance et que le scrutin du 23 septembre approche, les discussions dans les cafés de Fès révèlent une campagne moins dominée par les débats partisans que par des enjeux pragmatiques : qualité des services publics, emploi, jeunesse, développement territorial et crédibilité des candidats. Les cafés demeurent ainsi un baromètre du pouls des citoyens, qui devront transformer ces discussions en choix effectifs dans l’isoloir, mercredi prochain.